Histoire de mettre un peu les choses en place, allons vous expliquer ce qu’est le « Off-Beat ». Pour vous la faire rapide, c’est une déclinaison post-futuriste du Hip-hop, qui, la plupart du temps, ose des complexités de structures et dont le charme réside dans le contretemps des rythmiques. En clair, c’est plus extrême qu’un Madlib et cette façon de faire laisse toujours autant des traces. Comme par exemple le premier album du producteur Anglais Lone ; la vision étoilé du label Brainfeeder et aujourd’hui, le natif de San Diego « Elan ».
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce producteur vient de nulle part, il ne culmine pas les Blogs mais pourtant ! Fraichement signé sur le label de Modeselektor et auteur d’un premier Ep (Bleep Bloop Brrrrrmmp) étonnant d’efficacité au milieu de l’année, il ne dérange pas la concurrence. Et puis, d’un côté quelle concurrence vous allez me dire, sachant qu’il fait partie du collectif de musicien/vidéaste « Wediditcollective » avec Shlohmo …
Possédant peu de temps mort et d’ennui, l’album repose autant qu’il frappe fort. Une façon d’écrire ce style « Off Beat » qui fait suite naturellement avec l’album de Samiyam, tant son rapprochement est sincère, à la différence que les morceaux sont plus longs et gagne de souplesse. Des influences autant marqué par le P-Funk « Downtempo » (Good High) ; l’Electro-Funk robuste, teinté de touche à la The Neptunes (Shoot The Beam) ; l’ouverture qui claque sévère, pour un Hip-hop avec un univers prenant (I Can’t Breathe) ou le plus classique roulement d’une base Hip-hop mais qui fait la différence grâce à cette touche très musicale, hyper « Bounce » et Soul (Dry Lemons). Il y a un grain et une chaleur très forte, comme gorgé de soleil… mais ce n’est pas de la « Chill-Wave », donc moins neuneu qu’un « Washed Out » par exemple.
Dans le deuxième CD, des producteurs ont totalement réussis les paris des remixes qui apportent un brin d’audace et de transgression. Pour certains, le résultat est plus froid, mais gardant le groove comme le diabolique « Bleep Bloop Brrrrmmp » remixé par Byetone, pour une Techno carré et millimétré. Herobust quand à lui remixe « Benson Bridges » d’une façon plus classique mais travaillant ce côté ludique et très « Bounce » de l’original. Cosmin TRG fait du Cosmin TRG, c’est-à-dire un pied au Berghaim et l’autre à la Fabric, pour une Techno à la Ostgut. A côté, Modeselektor revisite « Bleep… » d’une façon très enjoué.
The Fox Heads, c’est l’association audacieuse de Funken, producteur touche à tout Tourangeau, et le MC Ira Lee, le plus Tourangeau des Canadiens, ou inversement, on ne sait plus trop. En effet, vous êtes peut être déjà familier avec le phrasé hip hop particulier d’Ira Lee pour ses collaborations avec Rubin Steiner et l’album We Are The Future ou encore sur certaines productions de cet autre Tourangeau : Zoën.
C’est donc avec plaisir qu’on retrouve une collaboration de ce genre. We want to be num, album qui sortira le 24 octobre chez Platinum records, croise les genres, que les oreilles s’empressent d’engloutir. Au fil des douze titres irréguliers mais pas inégaux, son électro, basses et voix frénétiques côtoient un esprit pop et des featuring en forme de best of : Mesparrow, Boogers, Pneu, ou encore Piano Chat par exemple. C’est un genre à part qui s’en dégage. Hip hop ? Rock ? Pop ? Peut-être une synthèse, du Hip-Pop ?
Dans tous les cas, la recette, s’il y en a une, fonctionne parfaitement : Gooogle it et son rythme entêtant fait monter la pression d’un cran. Single Friends a la qualité d’un tube pop de grande volée et une générosité sans pareil avec un refrain chanté en chorale, exaltant ! You’re so Broken explore un côté plus sombre, mais se révèle pourtant être le tube dancefloor de l’album. Tits, enregistré avec Mesparrow, est une ode à l’aspect nourricier de la gente féminine, du coup, on est obligé d’aimer ! D’autres morceaux, comme Hater ou Mango in a coconut tree, explore des rythmes plus audacieux et déstructurés.
Mais méfiez-vous, tous ces titres se révèlent entêtants, se font absorber presque immédiatement par votre cortex, ils s’y sentent bien et ne risquent pas de vous lâcher de sitôt. Ca doit être l’influence de l’hospitalité Canadienne légendaire qui fait ça, allez savoir !