AIR – Moon Safari

Il y a de ces albums dont on sait qu’on les écoutera un jour. En cause dans ce nouveau lundispensable une carte postale venue d’Angleterre qu’un pote me donne au collège parce que je collectionnais à peu près tout ce qu’il est possible d’accrocher à un mur. Sur cette carte postale on voit 6 pochettes d’albums. De mémoire il y avait Mezzanine de Massive Attack, Exit Planet Dust des Chemical Brothers, le 1er Daft Punk, Bricolage d’Amon Tobin, une pochette qui m’échappe et un certain Moon Safari de Air.
Cette carte postale a trôné quelques années fixée à ma porte de chambre bien avant d’avoir écouté tous ces albums. Mais elle était la comme pour me rappeler qu’il faudrait bien s’y pencher un jour. Je connaissais déjà un morceau de cet album Sexy Boy grâce à son clip qui passait sur M6. Ce morceau était un peu un OVNI du moins un OVNI par rapport à ce qui pouvait passer entre mes oreilles en 1998.

Et puis comme toujours, dans un lundispensable qui se respecte, arrive le lycée. On prend le bus jusqu’à Tours on descend on passe devant la cathédrale, on goûte à un peu plus de liberté et on profite de la ville… Et aussi de sa grande bibliothèque, et qui plus est d’une bibliothèque dans laquelle il y a des CDs que vous pouvez emprunter… D’où je viens il y avait aussi une belle et grande bibliothèque mais pour y trouver un album ça devenait compliqué, à la rigueur une cassette vidéo sur les trains que d’ailleurs vous n’aviez pas vraiment le droit d’emprunter au passage. Alors la bibliothèque de Tours m’apparait comme l’El Dorado, j’y ai découvert nombre d’albums que je m’étais juré d’écouter un jour parce que j’en avais collé un sticker quelque part comme (The Story Of) Espion de Dj Mehdi par exemple. Bon revenons à cette carte postale et à ce Moon Safari.
Je ne me souviens pas exactement du moment où je l’ai emprunté en revanche je me souviens bien de la première fois ou le CD a tourné dans mon discman. Ça devait être un de ces matins ou je prenais un peu plus tard je ne saurai pas dire si c’était l’hiver ou le printemps mais c’était un de ces matins ou je n’avais pas eu à courir. J’avais pris le temps de m’installer dans le bus qui attendait encore à son terminus, j’avais mis l’album de Air dans mon discman sans trop savoir si ça allait me plaire ou si j’allais juste avancer au seul morceau que je connaissais pour l’écouter en boucle. Et finalement dès les premières notes j’ai été conquis.

Le safari lunaire fonctionnait parfaitement, c’était doux, c’était beau, c’était de la vraie musique avec des vrais instruments qui m’avait transporté dès les premières notes, je me souviens de cette basse sur La Femme D’Argent, je me souviens que ça ne ressemblait à rien de ce que j’écoutais, je me souviens aussi qu’à cause du livret je découvrais que le morceau Sexy Boy était en fait chanté en français. Je me souviens que quand quelques années plus tard je découvrirais L’Histoire de Melody Nelson je comprendrais enfin pourquoi Air citait Gainsbourg dans leurs interviews. Il m’arrive souvent de réécouter cet album à la recherche de l’effet procuré lors de cette première écoute. Eh bien avec Moon Safari ça marche à chaque fois !
En souvenir de Ce matin-là on écoute le titre du même nom !

AIR – Moon Safari by Beton on Mixcloud

MÖTLEY CRÜE – Too Fast For love

Le nom de ce groupe pose un double problème : tant au niveau de sa prononciation et que de son sens exact, littéral. Kezako Mötley ? Kezako Crüe ?
J’ai cherché en vain comment prononcer ce nom : à la manière d’Ölaf Gustafson et ses trémas sur le « o » ou en arrondissant la bouche comme un Paul Stanley en manque de rouge à lèvres ou un poisson rouge hors de son bocal ?

Toujours est-il que j’ai adopté directement ce binôme étrange aux connotations étrangères ; étrangères à la planète entière et donc complètement intégré à mon univers comme à celui de centaines de milliers de kids.
Quant au sens, à la signification ultime de Mötley Crüe, j’ai longtemps erré avant de raccrocher ce nom au temple de la mode.
Dans le panthéon du bon goût Mötley occupe une place privilégiée quelque part entre Kiss contre les fantômes, les New York Dolls et la famille Playmobil (pour les décors). Une tribu bigarrée aux clips improbables.
Cette tribu originelle fut une source d’inspiration costumière permanente ; même si les associations de couleurs, de matières et de maquillage n’ont pas toujours été heureuses. Mais surtout, le mascara, la laque et les talons aiguilles, ça ne va pas à tous les physiques… et je sais de quoi je parle.

La pochette de l’album est quand même un gros clin d’Å“il à la pochette des Stones : Sticky fingers comme pour marquer un commencement pour les membres d’un nouveau clan.
Côté musique, on est dans un univers connu mais déstabilisant. Dans le détail, ça sonne quand même comme une sorte de hard rock garage avec un flanger à la con sur la fin du morceau, un son de batterie plus proche du bidon ou du baril de lessive mal ficelé que d’un vrai kick de grosse caisse. A la guitare, une saturation métallique à l’opposé des sons chauds délivrés par les JCM800 de chez Monsieur et Madame Marshall, un son étriqué, une grosse reverbe, des riffs et des chorus que tout un chacun se sent capable de jouer sans passer des heures à astiquer son manche ; et un chant hyper aigu poussé par une grosse reverbe sorti d’un tube ou d’une salle de bain et qui grésille à nos oreilles. Bref, rien de captivant au premier abord.

Et pourtant c’est cette alchimie, dès le premier morceau qui a poussé le groupe vers les sommets, ça et les frasques carnavalesques des membres du groupe ; de grands plaisantins en sorte avec des pseudos dignes d’un dessin animé de série Z : Nikki Six, Vince Neil, Tommy Lee et Mick Mars. Mick Mars ou l’ovni malade imperturbable qui tient la baraque avec des riffs d’une simplicité et d’une efficacité redoutables. Mötley Crüe c’est tout ça à la fois.

Premières photos des concerts US ramenées dans les années 80 : ambiance poupée gonflable, découpage à la tronçonneuse, chaînes et cirque à tous les étages, le tout agrémenté d’une garde robe que l’on peine à imaginer comme un phénomène réel. Un peu comme Kiss d’ailleurs que l’on a longtemps voulu voir sans maquillage mais qui, rapidement a repris ses costumes d’amuseurs clownesques pour le plus grand bonheur de leur fans. Et bien le premier album de Mötley c’est la même chose, je peinais à imaginer ces quatre garçons avec des cheveux déambuler dans la vraie vie. « Live Wire », extrait de Too fast For love, 1er LP de Mötley Crüe, paru en 1981 !

MÖTLEY CRÃœE – Too fast For love by Beton on Mixcloud

DEFTONES – Around the Fur

Je remonte loin dans les souvenirs, dernière année de primaire, on est dans la cour de récré et on parle d’MC Solaar. Un pote me glisse en douce qu’on s’en fout, sa grande sÅ“ur elle écoute des trucs de ouf, il a enregistré ça sur K7, faut absolument qu’j’écoute !
Sur la jaquette il a dessiné une tête de mort super mal faite, en dessous y a écrit Deftones, je sais pas trop comment ça s’prononce.

Mon p’tit poste radio hurle, grosse gifle, ça sonne dangereux, j’ai presque peur de me faire engueuler à la maison !
Le collège arrive, la vague néo métal déferle, et j’écoute le package complet du petit con : de Korn à Slipknot, de la Team Nowhere à Limp Bizkit.
Malgré tout Chino Moreno et sa bande restent en tête de liste, si bien qu’ils traversent le temps avec moi. J’ai écouté Back to School à chaque rentrée des classes, jusqu’à la fin de mes études et j’ai acheté (chose rare) chacun de leurs albums.

En haut de leur discographie, mon graal, l’album parfait : Around the Fur. Sorti en 1997, quand il me restait des dents de lait, découvert à l’époque de l’appareil dentaire.

L’ouverture de l’album My Own Summer… ça m’rappelle des soirées collégiennes à s’entrainer à gueuler « Shove it Shove it » avec les potes. On était bien entendu ultra mauvais !

Ihabia pour mes réveils lycéens, violent/doux, pour les mois d’hiver. ‘fin plus violents que doux, c’était la méthode de choc.

Around the fur, l’exutoire total, j’ai compris le mot catharsis avec ce morceau ! C’est, sans trop pouvoir expliquer pourquoi, le morceau que j’aime écouter en rentrant de soirée.

Lotion, pour sa brutalité, on n’a pas idée de faire des intros aussi bourrines ! Point de vue structure c’est l’exemple type du talent de Chino Moreno : passer sans souci du hurlement sauvage au chant sensible et un brin torturé… ce type a un côté poète maudit !

Be quiet an drive… passion totale pour cette chanson, ce riff imparable, la voix de Chino, ses paroles qui parlent de se tirer… d’ailleurs tout en vous parlant j’ai retourné ma casquette, j’ai ressorti mon baggy, j’suis trop vénèr’ et j’me barre sur mon skate… far, far away !

DEFTONES – Around the fur by Beton on Mixcloud

BLACK SABBATH – Paranoid

Angleterre, 1970, les Beatles se séparent. 18 septembre 1970, Jimi Hendrix meurt, étouffé par son vomi. Ce jour-là est aussi le jour de la sortie de Paranoid, 2ème album d’un jeune groupe de Birmingham à la réputation malsaine, BLACK SABBATH. Adorateurs du malin et des psychotropes, Geezer Butler, Tomi Iommi, Bill Ward et le sulfureux chanteur Ozzy Osbourne n’ont pas conscience à ce moment-là qu’ils sont en train de marquer l’histoire du rock au fer rouge pour l’éternité.

Je m’explique : BLACK SABBATH, qu’on se le dise, sont sortis de nulle part à cette époque là, sans aucune influence, et surtout, ce son si lourd, si sombre, si démoniaque n’avait jamais été entendu par l’oreille humaine auparavant. D’ailleurs, la presse spécialisée de l’époque, trop longuement habituée aux Beatles, avaient méprisé Paranoid et le son de Black Sabbath en général, qualifiant de « N’importe quoi » le groupe anglais (on sait d’où sont issus les Inrocks du coup – rire content de sa blague).

Mais ce que ces journalistes en herbe (ou pas d’ailleurs, mais peu importe) ne savaient pas, c’est que Black Sabbath étaient tout simplement en train d’inventer un style, le Doom, ou le Sludge (mais ce nom n’arrivera que quelques années plus tard), et en train d’inventer par la même occasion un nom si galvaudé qu’est le…Metal !!!

Des milliers de musiciens ont fait leur gamme sur Paranoid , War Pigs

ou encore Iron Man (pas moi, hein ? la guitare c’est du mandarin pour moi)

, des milliers de groupes les ont repris, Pantera (Planet caravan), Sacred Reich, Faith No more, Megadeth et même Tool.

D’ailleurs, en revenant aux groupes qui reprennent Black sabbath, très peu arrivent à leurs chevilles, je ne cite personne…Bref ! Et les rites sataniques dans tout ça ? Ben, Ozzy Osbourne, très porté sur la bouteille, était du genre à arracher des têtes de chauve souris avec les dents, brûler des croix retournées pour attirer Lucifer, mais tout ceci n’était que folklore pour faire hurler les bourgeois, et les Inroc…euh, la presse anglaise de l’époque.
Bon, depuis, Ozzy Osbourne ne se nourrit que de Burritos, et boit 2 bouteilles de Vodka par jour, mais que Dieu le bénisse, sans Black Sabbath, il n’y aurait rien aujourd’hui ! Amen !

Ouvrons les portes de l’enfer !

BLACK SABBATH – Paranoid by Beton on Mixcloud

DAFT PUNK – Discovery

« On n’oublie jamais son premier amour… »

Ça y est je me décide enfin à m’y attaquer. Evidemment avant ça il y avait eu quelques compilations Maxi Dance, ainsi que des albums un peu honteux que je vais essayer de me promettre de ne jamais chroniquer dans un Lundispensable… Non franchement les News Kids On The Block ou les Worlds Apart ça n’intéressera personne! Non, la aujourd’hui je vais vous parler de celui que je considère comme mon premier achat conscient, la genèse d’une collection qui finira par prendre trop de place, mon premier club si j’étais Tiger Woods, ma première Rolex si j’étais de petite taille.
Aujourd’hui je vais vous parler de Discovery, le 2nd album des Daft Punk sorti en 2001. C’est d’abord avec ce single : One More Time, sorti en 2000, que le duo qui m’avait fait danser sur Around The World signait son retour.

J’avais 10 ans à l’époque du premier album des Daft Punk et ce groupe fut l’un des premiers à me surprendre, à m’intéresser grâce à sa musique bien sûr mais aussi en grande partie grâce à ses clips, Around The World en tête. Alors quand 3 ans plus tard ce groupe que tu as adoré mais dont finalement tu ne t’es pas plus intéressé que ça avant parce que justement tu avais 10 ans. Quand ce groupe fait son retour eh bien tu adhères sans te poser de questions. Alors qu’ il faut bien l’avouer One More Time est certes un tube, mais comme pour Get Lucky quelques années plus tard au bout d’un moment tu n’en peux plus, et d’entendre cette voix un peu dégueu répéter sans cesse « One More Time ».
Bref, Jacques Chirac à l’époque l’utilisera même dans ses meetings avant sa deuxième réélection ! Et si le groupe ne s’était pas opposé rapidement à cette utilisation on aurait peut-être pu avoir droit à un slogan tel que « Chirac, One more time… ».

Mais revenons à nos robots, dès la sortie du deuxième single Aerodynamic j’ai senti qu’il se passait quelque chose. J’avais finis par me résigner à aimer One More Time parce qu’à cet âge-là on n’a pas de perso, mais Aerodynamic fut vraiment la claque, ce titre pas de doute je l’aimais. Je vous la fait rapide, achat, écoute, harder, better, faster, stronger, écoute, écoute, écoute,écoute… Cet album je l’ai saigné, je l’ai écouté en boucle, parfois j’écoutais la radio sur mon walkman et je ne m’endormais pas tant que je n’étais pas tombé sur un morceau des Daft à la radio, juste par plaisir d’être surpris, de tomber dessus par hasard. J’avais 14 ans et j’étais l’heureux propriétaire d’un CD !

Mais comme toute histoire d’amour il y a une tragédie… Mon pote Sélim que je rencontre à peu près à la même époque m’attend un jour chez lui. Et la posé sur un meuble je le vois…

Un coffret de l’album Discovery, la même pochette mais en plus gros avec les 2 albums des Daft Punk dedans. Ce qui n’était en fait qu’une offre promotionnelle m’apparait à l’époque comme un objet de collection que je me devais de posséder. Je décide donc de me procurer ce faux collector disponible dans n’importe quel Carrefour mais pour se faire, et ce à cause de ma situation à l’époque, c’est à dire de collégien sans revenu je décide de revendre 70 Francs mon exemplaire de Discovery celui-là même dont je vous parle aujourd’hui … tout ça pour me procurer ce coffret bidon que je finirai par jeter car il m’empêchait d’apprécier les tranches de mes CDs une fois rangés ! Je sais c’est extrêmement triste, ou vraiment bizarre…
Je ne vous ai pas encore parlé de ma carte Daft Club du film Interstellar 5555 du morceau Veridis Quo, des samples utilisés pour cet album et d’un tas d’autres trucs qui me viennent à l’esprit quand je pense à Discovery mais pour l’heure on écoute le morceau Aerodynamic qui peut-être évoque à certains d’entre vous Romain Duris bourré dans les rues de Barcelone pour moi ça restera ce morceau génial à base de guitare midi et de cloches qui annoncent eh bien qu’il est grand temps de l’écouter ce morceau génial.

DAFT PUNK – Discovery by Beton on Mixcloud

GREEN DAY – Dookie

Au début des années 90, au sommet de la vague grunge couronnée par le décès de son ange déchu Kurt Cobain, des kids de East Bay en baggy s’apprêtent à faire du punk rock, ce genre ridicule et démodé, mal joué, un style de vie, l’esthétique cool des années 90. Les personnages s’appellent MTV, Rob Cavallo et Green Day.

Depuis la fin des années 80, Billie Joe Armstrong, Tré cool et Mike Dirnt font du vélo, du skate board et du punk rock, à 3, dans la région orientale de la baie de San Francisco, bassin fertile en groupes du même genre depuis la fin des années 70, à croire que l’océan, le soleil et les centaines de kilomètres de banlieues résidentielles formaient le terreau idéal.
A des milliers de kilomètres de là, je mangeais des Chocapic en regardant les Moomins et je ne savais pas qui était Kurt Cobain. Mais il fallut bien qu’un jour, je quitte ma cambrousse pour aller au lycée.

C’était le début des compiles punk rawk et Punkorama, je me faisais des baggy avec les pantalons de jardin de mon père, on voulait la coupe de Natalie Imbruglia et le maquillage de la chanteuse de Garbage. J’avais des Puma Suede avec les gros lacets, j’apprenais qu’une dem’ coûtait 50 francs et qu’après Quizàs on met toujours le subjonctif. La première semaine de seconde, j’ai rencontré ma meilleure copine qui m’a prêté le disque qu’elle avait eu en cadeau. GREEN DAY, Dookie. Une oreille de walkman chacune, épaule contre épaule, on se rejoint à la gare routière, viens on va pas en maths.

« I’m not growing up, I’m just burning out »

Et puis surtout le premier amour, les premières heures de colle, mon père qui vient me chercher en 205 par la peau du cou parce que j’ai découché, kilomètres d’heures de sport séchées, mon père qui me demande 47 fois de suite « t’as fumé ? T’as bu ? C’est qui lui ? », les rendez-vous du mercredi après midi en scred, entre Patapain et le jardin des Prés fichaux.

On jouait de la guitare avec 2 doigts et la simplicité de cette musique nous parlait, on buvait des 33 export et on rentrait manger chez mamie. On volait du maquillage et on jouait à Aladin sur Super Nintendo. Je jouais de la basse dans mon garage et mon activité essentielle consistait quand même à m’ennuyer et à écouter les mêmes chansons en boucle.

Quand venait l’été, dans ma chambre, on ouvrait les fenêtres sur le soleil de l’après-midi et la voix de Billie Joe couvrait presque le bruit de la tondeuse du voisin. J’étais amoureuse pour la première fois, j’avais 15 ans, une guitare et un A cerclé sur ma trousse.

GREEN DAY – Dookie by Beton on Mixcloud

ARCADE FIRE – Funeral

Artiste : Arcade Fire
Album : Funeral
Date de sortie : 14 septembre 2004
Label : Sinnamon Records / Rough Trade

Il y a toujours un album qui vous fait oublier les à priori que vous pouvez avoir sur un style que vous ne maîtrisez pas. Ça m’est arrivé pour tous les grands mouvements musicaux que j’écoute encore à fond aujourd’hui : le hip hop, la musique électronique et bien sûr, la pop. La pop, enfin révélée à ma pauvre âme grâce à ce sublime 1er album des Canadien de Arcade Fire : Funeral.

Jeune lycéen boutonneux ayant encore un horizon musical à peu près aussi large que celle de Carlos (ma grande (r)évolution avait été d’arrêter d’écouter fun radio pour passer à NRJ. « Je grandi », m’étais-je alors dit fièrement). Dieu merci, cette rentrée en seconde a aussi sonné l’arrivée dans ma vie du meilleur conseiller musical qu’il soit : les Internets.

Je ne me souviens plus précisément quand le CD des Arcade Fire s’est déposé par la grâce divine dans mon baladeur plus gros que mon cartable. J’ai en revanche à la perfection ce souvenir qui, je pense, me suivra toute ma vie. J’étais installé tranquillement dans la MDL – si vous savez, la Maison des Lycéens, lieux de liberté totale où on avait le droit de jouer sur des baby-foot ultra défoncés, de réviser dans un vacarme ahurissant ou de tenter de draguer sa voisine de classe en lui offrant une barre de bounty au distributeur ; bref, j’étais donc assis sur une chaise bancale en train d’essayer de me couper des vociférations environnantes en tout genre en lançant cet album des Arcade Fire à fond dans mon casque.

Arrive le deuxième titre : Neighboorhood (laïka). La batterie commence, lancinante et donne le rythme, léger mais prenant. La mélodie arrive : accordéons, violons. Et puis ce chant. Comment peut-on donner cette sensation de puissance sans élever la voix ? Cette urgence ? Le rythme s’emballe pile à la moitié du morceau. Mes poils se dressent. Je ne comprends pas un traître mot de ce morceau, mais son lyrisme me transporte. Et soudain c’est le déclic. Sur l’un des refrains, période d’accalmie, la voix de Win Butler me cueille dans ces cymes aiguës. Je quitte ma table barbouillé de tags vulgaire, une chaleur me remplit le ventre et je me retrouve directement plongé au cÅ“ur des steppes froides du canada. Incroyable. Une sensation à la fois physique et mentale si forte que je n’ai encore jamais réussie à la retrouver jusqu’alors.

Plusieurs années durant, cet album restera mon album d’hiver. Celui que j’aime écouter en marchant dans la neige, ou tranquillement chez moi en regardant la pluie tomber au dehors. C’est aussi celui qui m’a fait comprendre que non, la pop n’est pas seulement ce qu’on entends sur les grosses radios, qu’il faut bien souvent savoir chercher plus loin pour trouver ce genre de perle, ce qui nous fait vraiment aimer la musique, et non juste la consommer passivement. Une émotion rare ce dégage pour moi de Funeral, et ça restera probablement l’une de mes madeleines de Proust auditive favorite encore pour un bon bout de temps.

Enzo

ARCADE FIRE – Funeral by Beton on Mixcloud

OFFSPRING – Smash

On pense souvent, à tort, que l’album Smash de The Offspring est leur 1er. Seulement voilà, c’est cet album qui leur a donné la notoriété qu’on leur connait, on est bien d’accord là-dessus mais c’est leur 3ème… Numéro 3 donc du groupe Californien, Smash est l’album de, je cite la presse spécialisée « la maturité » (tous les gens qui disent cette phrase méritent la mort). Smash est un album de punk-rock mélo découvert en pleine de crise de moi-même, où j’étais en colère contre le monde qui m’entourait, les études et les filles. Album d’ailleurs découvert le même mois que le Dookie de Green Day dans un tout autre registre.

Ne connaissant pas encore trop bien le réseau « labels indépendants » et « labels punks », je me suis mis en tête de me mettre au skate et de m’acheter un de leurs t-shirts, parce que « putain, ça doit en jeter quand même », ce que je me disais au fond de moi le soir, dans ma piaule quand j’écoutais Doc et Difoul sur Fun radio et que le générique de leur émission c’était le tube inter-planétaire Come out and play , souvenez-vous le : « You gotta keep’em separated ! ».

Mais seulement voilà: ma colère étant ce qu’elle était, Smash est pour moi un album pas comme les autres, il me rappelle aussi que, nul à la fac, j’ai dû me barrer au service militaire, parce que je ne pouvais guère y échapper, et que des morceaux comme Genocide, Smash justement, le Killboy Powerhead (une reprise des Didjits), le punk MTV tubesque de Self esteem (souvenez vous le nana nanana nana nanana) et le Bad Habit qui me rend encore dingue, m’ont accompagné dans toutes mes galères de sportif du dimanche, là-bas, dans l’Est, et rien que pour ça, le fait que tous ces tubes mainstream de ce groupe mainstream m’ont toujours redonné le sourire, et m’ont permis d’avoir un t-shirt de Pennywise (je sais aucun lien), rien que pour ça, cet album sera l’un de ceux que j’emmènerais avec moi sur la Lune ! Allez,

« Dog eat dog, to get by, hope you like my Genocide »

OFFSPRING – Smash by Beton on Mixcloud

CRIME OF THE CENTURY – Supertramp

Mois d’août, levé du jour, la Ford chargée raz-la gueule, c’est les vacances, j’ai 10 piges et on part pour 5 longues heures de route.
Le daron choisi une cassette dans la boite à gants, sur le boitier, écrit au bic noir : Supertramp – Crime of the Century – 1974

Concours de grimaces à l’arrière, avec le frangin on déteste, on n’entend même pas nos walkman poussés à fond, c’est l’enfer ! « Baisse le son papa, j’en peux plus de ces claviers, de ce saxo, de ces voix suraigües… c’est trop guilleret, c’est trop gentil ! »

Et puis hop, voyage dans le temps, des plombes plus tard on fouine, on fouille dans les vieilleries… redécouverte enjouée, souvenirs, plaisir coupable… on fera notre mea-culpa longtemps après, mais putain c’est trop bon ! Comme deux débilos, on se rend compte de la chance qu’on a eu de grandir avec ça dans les oreilles !

Et bah non, Supertramp c’est pas des morceaux pop sucrés légers, c’est du rock progressif hyper construit, composé et arrangé en mode orfèvrerie. Guilleret ou gentil ? Non plus :

  School, harmonica de western, cris d’enfants, c’est la taule, le formatage des gosses « Don’t do this, don’t do that », les flamands roses peuvent remballer the wall !

  Asylum c’est la schizophrénie, les pétages de plomb de Richard Davies

  Dreamer, évidemment, tu le connais, c’est le single giga tube faussement gland

  Et Crime of the Century qui clôt magistralement l’album, constat d’une humanité dégueulasse, du coup c’est l’envolée, voyage spatial, on s’tire vers les étoiles comme sur la pochette !
Well done les dars, votre groupe préféré c’est d’la bombe ! Déso’ papa/maman, bien sûr vous aviez raison… giga claque, super trempe !

SUPERTRAMP – Crime of the Century by Beton on Mixcloud