[LE LUNDISPENSABLE] Amy Winehouse, Frank (par Jeanne !)

Le Lundispensable (Jeanne)  

 AMY WINEHOUSE – FRANK  

Le 23 juillet 2011, j’avais 10 ans et j’étais en colonie de vacances. On n’avait pas de téléphone ou de montre pendant deux semaines, on était comme coupés du monde. Et pourtant je me rappelle de la phrase qu’un moniteur avait prononcé :  »Amy Winehouse est morte ! » A l’époque, Amy Winehouse, c’était un concept assez vague pour moi, je ne connaissais ni le personnage ni l’artiste, mais dans le ton de mon moniteur on sentait bien que c’était quelqu’un d’important.  

Ce n’est que 6 ans plus tard que je l’ai réellement découverte, durant l’été 2017.

 (Amy Winehouse – Back To Black)

Même si j’avais déjà entendu quelques titres à la radio, je ne connaissais que les grands classiques, comme Back To Black ou My Tears Dry On Their Own ; et c’est lorsque j’ai visionné le documentaire Amy d’Asif Kapadia que je me suis plongée dans l’écoute de son premier album, Frank.  

(Amy Winehouse – Amy, Amy, Amy) 

A 19 ans, Amy Winehouse n’est pas encore celle que l’on connaîtra plus tard : dénuée de sa coiffure  »beehive » typique des années 60 ou de son épais trait d’eye-liner signature, et pourtant, c’est bel et bien à ce moment que le public découvre pour la première fois Amy, à travers son premier album Frank, qui sort en 2003 chez Island Records.  

Lorsqu’elle est découverte par son futur manager, la Londonienne a tout juste 17 ans, rêve de devenir serveuse à patin à roulettes et compose des chansons sur sa guitare qu’elle a prénommé Cherry, (d’ailleurs, elle a même dédié une chanson à sa guitare!), mais elle n’imagine pas faire carrière dans la musique. 

(Amy Winehouse – Cherry)

Comme Amy, j’avais dix-sept ans, et comme elle, j’écrivais des chansons avec ma guitare ; je suis rapidement devenue fascinée par elle. Sa voix, sa personnalité, sa sensibilité à fleur de peau, la façon qu’elle a de dépeindre un souvenir de manière à ce qu’on s’y retrouve immergé, j’avais envie de lui ressembler, de chanter comme elle. Pendant quelques années après ma rencontre avec cet album, j’étais chanteuse dans un groupe de Motown, et on avait au moins 4 ou 5 reprises de titres tirés de Frank, c’était mes préférés à chanter !  

(D’Angelo – Shit Damn Motherfucker)

Ma passion pour Amy m’a donné envie d’aller chercher plus loin. J’ai découvert toute la vague d’artistes qu’elle citait comme ses influences : Dinah Washington, Sarah Vaughan, mais aussi D’Angelo et Les Shangri-Las. Dans Frank, on peut déjà reconnaître le talent qu’Amy possède dans l’art de créer des images, visuelles, sonores, sensorielles. Elle est drôle, sans filtre, franche.  

Il y a dans Frank une légèreté qu’on ne retrouve pas dans son deuxième opus, ce qui le rend pour  moi plus facile à écouter. Mais s’il est moins chargé émotionnellement, on y retrouve déjà le goût  qu’Amy a pour le tragique et pour le fatalisme, comme sur le titre, What is it About Men, ou Amy  décrit le rapport compliqué qu’elle entretient avec les hommes, et fait le lien avec sa relation avec  son père.  

(Amy Winehouse – What is it About Men)

C’est aussi un album moins pop que Back To Black, moins innovant peut-être, mais le mélange de  jazz, de hip-hop et de R&B moderne dans lequel Frank est baigné épouse l’honnêteté des textes  d’Amy, grâce aux productions de Salaam Remi, (qui a notamment produit Les Fugees, Nas, et qui  travaillera plus tard sur Back To Black en compagnie de Mark Ronson).  

Frank m’a séduite, et il continue à séduire la jeune femme d’une vingtaine d’année que je suis. Je le  redécouvre à chaque écoute, et je l’apprécie toujours d’une façon différente que la dernière fois, en  fonction de ce que je traverse dans ma vie. Amy a ce genre de voix, de charme, qui apaise et qui  réconforte, et on se sent un peu moins seul.e quand on l’entend chanter ses peines de cœurs, à  propos d’un homme, ou encore de son canari qui, comme elle le dit, qui s’est  »envolé » un beau jour  d’octobre, comme dans la ballade jazz/hip-hop October Song. 

(Amy Winehouse – October Song)

REECOUTER CE LUNDISPENSABLE :

[LUNDISPENSABLE] Jack Johnson – In Between Dreams

Cette semaine, le lundispensable est un disque présenté par Clara Tozzi, service civique au Petit faucheux !

Un Soleil qui vous enlace de sa chaleur accablante, le chant des cigales qui papotent du beau temps, l’odeur de lavande infusée à celle du patchouli et des épines de pins, et le son lointain des vagues habillé d’un effluve salée. Un décor qui m’évoque le sud, lorsque dans la voiture, on ouvre grand les fenêtres pour remplir ses poumons du vent chaud des vacances, et le son à fond la caisse, on se nettoie la tête avec la berçante guitare et l’envoûtante voix de Jack Johnson.

Jack Johnson, c’est avant tout un surfeur Hawaïen qui, à la suite d’un choc à la tête lorsqu’il surfait sur une des plus dangereuses vagues de Pipeline (un célèbre spot de surf à Hawaii), décide d’utiliser ses p’tits skills de guitariste pour s’investir dans la musique. Il a dû se taper très fort pour avoir une idée pareille ! Bref, c’est l’archétype du hippie militant pour l’environnement, concerné par l’évolution de la société et qui prône le peace and love des années 70’. Une surf-music naviguant entre pop, rock, et folk aérien avec une guitare pétillante et rythmée. Il nous emmène en balade dans un road-trip plein de douceur et de joie, et tente d’élucider les dérives désensibilisatrices de notre humanité.

Cet album, « In Between Dreams » est son troisième, il la sortit en 2005 à la naissance de son enfant Moe. On comprend mieux la douceur qui émane de chacune des notes. Il a connu un énorme succès grâce au tube « Sitting, Waiting, Wishing » avec ses paroles romantiques, son instrumentale épurée et une  ambiance oscillant entre mélancolie et empathie bienveillante.

Cet album, il a aussi bercé mon enfance, c’est celui qu’on emportait à chaque fois qu’on partait en vacances d’été et qu’on chantait à tue-tête pour faire passer l’interminable traversée de la France, de Paris à Bormes-les-Mimosas. Vous savez, ce genre de CD qui est toujours dans la boîte à gants pour se sauver et s’envoler au-dessus des autoroutes noires de bouchons. Il appartenait à ma mère, elle l’avait acheté dans ses années hippies elle aussi, à l’âge où on veut conquérir le monde et le convertir à l’amour inconditionnel.

 

Me concernant, ça a fait sa part du job. Dès que je l’écoute, ça m’apaise. Qu’il fasse gris, qu’il pleuve, qu’on soit en pleine pandémie ou que ça soit la fin de l’ère du CD, dès que je l’écoute, je sais que tout va s’arranger et que la vie, c’est avant tout une aventure haute en couleur. Alors, désolé maman de te l’avoir emporté sans aucune garantie de retour, mais cet album, il est vital pour me remonter le moral. C’est d’ailleurs une pilule magique que j’ai voulu partagé à mon arrivée à Tours. Les oreilles des murs de Jazz à Tours auront au moins une fois vibré au son de ses percu. cubaines, sa basse hypra-smooth et les funky cocottes de Jack et son band.

Vous l’aurez compris, cet album, il est indispensable au bon fonctionnement des neurotransmetteurs de l’ocytocine : l’hormone du lien, de la confiance et de l’amour. C’est une éclaircie, une fenêtre ouverte, l’air d’un renouveau et une pause dans le train-train des fois trop rapide de nos vies tumultueuses. Sur ce, on se quitte en se dorant la pilule sur une plage hawaïenne, au son du ukulélé du titre « Breakdown ».

 

[LUNDISPENSABLE] J.Cole – 2014 Forest Hills Drive

Aujourd’hui, c’est de rap américain que l’on va parler ! Et on peut déjà remercier Yohan, mon meilleur pote, car c’est lui qui m’a fait découvrir cet univers à l’époque du lycée. J’ai très peu de souvenirs de ce que j’écoutais avant donc c’est que ça a été un vrai tournant dans mes goûts musicaux. Eminem, Kendrick Lamar mais aussi G-eazy, Logic et enfin J.Cole étaient alors devenus mes nouveaux artistes préférés !

Je crois que c’est avec ce titre que j’ai connu J.Cole, de son vrai nom Jermaine Lamarr Cole. Né en Allemagne en 1985 il est rappeur et producteur américain. Il a grandi à Fayetteville en Caroline du Nord mais a ensuite déménagé pour ses études. En 2014 il décide de racheter la maison de son enfance qui se trouvait à « Forest Hills Drive » et de lui rendre hommage en faisant de son adresse le titre de son 3ème album. Vous l’aurez compris c’est à « 2014 Forest Hills Drive » qu’est dédié ce Lundispensable !

Il n’y a pas UNE chanson que je n’aime pas parmi les 13 titres de cet album. Sa voix, son flow, les instrus utilisées sont tout ce qui m’a séduit chez J.Cole, parce qu’au départ je n’essayais même pas de comprendre les textes. C’est à force d’écouter et en regardant les paroles que j’ai commencé à saisir le sens des morceaux. Avec Wet Dreamz on retourne à l’époque du lycée où J.Cole rencontre une fille qui lui plait mais il n’ose pas lui dire que c’est sa première fois. Un titre très touchant et universel où tout le monde peut se mettre à sa place.

J.Cole est reconnaissable par des instrumentalités très mélodieuses mais toujours pimentées d’une touche de old school.

Cet album de hip-hop / rap est selon moi son projet le plus abouti à l’heure actuelle.

Avec des tubes comme Wet Dreamz, No Role Modelz ou encore G.O.M.D., un classique apprécié de la communauté rap…

Mais aussi avec certains morceaux que j’avais d’abord laissé de côté, puis que j’ai réussi à apprécier lorsque j’ai compris que sans eux 2014 Forest Hills Drive ne serait pas un album complet. J’ai aussi découvert récemment que je ne connaissais pas le dernier titre Note to Self surement puisqu’il dure 14 min et que J.Cole parle plus qu’il ne chante, mais cela reste tout de même une bonne conclusion. Je terminais donc à l’époque l’album par Love Yourz, que j’aime beaucoup puisque c’est en fait une leçon de positivité sur une instru des plus belles et vraies !

L’album est sorti en fin d’année 2014 et en janvier 2016 sort sa version live, provenant d’un concert fait à Fayetteville un an plus tôt. J’ai donc écouté en boucle cette nouvelle version en espérant un jour pouvoir entendre cet album en vrai ! C’est d’ailleurs grâce au live que j’ai découvert le titre Lights Please joué pendant l’interlude. Ce titre était sorti en 2011.

Et c’est en octobre 2017 que j’ai eu la chance d’aller voir J.Cole en concert au Zénith de Paris, j’étais au premier rang et bien accrochée à la barrière. Il fallait parce que tous ses sons ne sont pas doux, certains abordent des sujets sensibles comme les violences policières ou la concurrence avec des instru très lourdes et sombres. J.Cole donnait beaucoup d’énergie sur scène ce qui mettait la foule en délire, notamment sur Fire Squad.

2014 Forest Hills Drive est un album qui aura marqué mes années lycée et me replongera toujours dans cette époque. Mais les morceaux restent actuels et s’écoutent toujours aussi bien, comme au premier jour. Et on finit sur un de mes morceaux préférés, que j’ai eu du mal à choisir vu que je les aime tous, c’est No Role Modelz qui te mets forcément dans un bon mood avec une instru qui te donnes envie de partir en vacances au soleil !

[LUNDISPENSABLE] Daft Punk – Alive 2007

En 2007 j’étais au collège, et sur la plupart des grandes ondes on pouvait entendre ça :


Je dois avouer qu’entre Tokio Hotel, Slipknot, Danakil et compagnie, très en vogue à cette époque parmi mes camarades collégiens d’Azay le Rideau, Alive de Mondotek c’était ce qui se rapprochait le plus de mes gouts musicaux. Mais n’ayant jamais été fan des pantalons slims blanc et tshirts rose à aigle noir, j’échappais de justesse aux battles de danse dans la cour de récré.

Un déhanché à la Travolta, des bras qui moulinent non-stop, un jeu de jambe à faire pâlir de jalousie un boxeur professionnel et de l’énergie à revendre. Voilà les ingrédients de la tektonik.

Mais ce n’est pas cet Alive le sujet. L’album dont je vais vous parler aujourd’hui a été salvateur, on me l’a offert en m’annonçant :

« J’ai hésité entre ça et une compil’ de tektonik. »

Cet album providentiel c’est Alive 2007 des Daft Punk. Je suis rarement aussi heureux et soulagé à la fois que j’y repense.

Je ne vous présente pas Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, ils étaient déjà très connus à l’époque, encore plus maintenant. J’avais déjà écouté leurs albums avec intérêt, surtout Discovery en fait, qui reste mon album préféré de tous les temps, Homework m’ayant à l’époque moins plu, et Human After All restant bien particulier. Ce deuxième album live a largement éveillé mon gout pour les musiques électroniques et constitue sans doute le sujet de mes premières discussions musicales avec mes potes.

A sa sortie en novembre 2007, ça fait un an environ que le duo est en tournée mondiale, et du haut de mes 11 ans je suis bien frustré de ne pas pouvoir assister à ça. Comme tout le monde j’avais au moins eu un aperçu bref mais intense grâce au single et au clip Harder Better Faster Stronger Alive 2007 sorti un mois plus tôt, assemblage de plusieurs vidéos amateurs qui laisse entrevoir un spectacle lumineux presque aussi intense que la musique. Titre légendaire que l’on ne retrouve d’ailleurs pas tel quel dans l’album.



Les deux artistes sont juchés au sommet d’une pyramide lumineuse devant un vrai mur de LEDs d’ailleurs représentés sur la pochette de l’album, et dans laquelle ils contrôlent à distance un ensemble de machines colossal à l’aide d’Ableton Live, de contrôleurs MIDI et de synthés Moog d’une trentaine d’années. Une performance live donc et non préenregistrée ni un simple DJ set, ce qui leur permet de modifier certaines parties à volonté d’un concert à l’autre. Une performance qui fera date dans la musique électronique et marque durablement la manière de concevoir un live.

Les 12 pistes de l’album, sont extraites de la captation faite lors de leur passage à Paris Bercy le 14 juin 2007. Si l’album s’écoute parfaitement d’une traite, le découpage est fait de manière assez savante pour que chaque titre puisse s’écouter indépendamment, les cris du public ajoutant d’ailleurs à la transe qu’est chaque morceau. Je découvrais quelques temps plus tard le rappel, treizième piste sortie uniquement sur la version deluxe de l’album, celle que je n’avais pas évidemment. Un mix absolument fantastique, comportant Human After All qui contient toute l’ambiguïté voulue par le duo, One More Time un de leur plus gros hit, Music Sounds Better with you de Stardust où figure Thomas Bangalter ainsi que Together, de son duo éponyme avec DJ Falcon.

Plus d’une trentaine de morceaux extraits de leurs précédents albums sont disséqués, remixés, modifiés et mélangés pour obtenir presque une heure et demie démentielle de live 100 % Daft Punk. Alliage parfait de leurs précédents albums, pourtant aux styles assez différents. Jusqu’à 4 ou 5 de leurs titres se mélangent à la fois et se complètent de manière cohérente et totalement jouissive. Certains de manière si subtile qu’ils ne sont même pas crédités, comme Revolution 909 et Nightvision dont on retrouve quelques éléments sur ce morceau:


C’est la claque ultime, des remix et mashups de leurs morceaux il y en a eu et il y en aura des tas, mais personne ne pourra se targuer de pouvoir les remixer mieux qu’eux-mêmes. Après ça leurs album studios me paraitront plus fade pendant un bon moment.

Alive 2007 est certifié deux fois disque de platine en France, se classe dans les charts du monde entier et leur vaut une nomination aux victoires de la musique et l’obtention de deux Grammy Awards, leurs premiers. C’est également mon premier CD du groupe, ce que je corrigerai en m’achetant tous les autres ensuite, c’est d’ailleurs les seuls dont j’ai acheté des CD. Même si je les avais déjà téléchargés.

Après 1997 et 2007, les rumeurs d’une tournée mondiale vont bon train lorsque 2017 approche. Surtout qu’avec Random Access Memory sorti quatre ans plus tôt et la B.O de Tron Legacy en 2010, il y a matière à faire du très bon sur scène, d’autant plus que le duo est resté assez discret à l’exception de quelques collaborations sur l’album Starboy de The Weeknd.

La déception est grande lorsque les années passent sans aucun signe de live en vue. Enfin, pour nous pauvres manants, puisque le duo est apparu fortuitement à la fin du concert de Phoenix en 2010 au Madison Square Garden ou à l’occasion des cérémonies des Grammy Awards en 2014 et 2017.

14 ans après, une copie de leur concert enregistré au Lollapalooza à Chicago me permet enfin de profiter de la partie visuelle de cette performance, Merci internet, et wow, c’est magnifique, j’envierai toujours ceux qui ont eu la chance d’y assister. Le groupe lui est toujours moins présent médiatiquement alors que sa popularité avait explosé, laissant libre court aux rumeurs les plus folles les concernant. Une attente bien trop longue pour tous les fans comme moi qui désespèrent de les voir un jour en live.

Je me console comme je peux, avec le rappel, imaginez-vous après plus d’une heure de live de folie, finir par ça, Human After All/Together/One More Time/Music sounds better with you. Vous l’analysez comme vous voulez, moi je pense qu’il n’y a qu’après ça qu’on peut mourir en paix.

[LUNDISPENSABLE] Madvillain – Madvillainy (Stones Throw Records, 2004)

En 2004, le Hip Hop voit l’arrivée d’un album hors du commun, l’union des plus grands Supervillains: Madlib et MF DOOM.

Un Classic de la scène alternative : Madvillainy par Madvillain  sur le label Stones Throw Records.

Un lundispensable absolu, une pierre angulaire du Hip Hop des années 2000 à réécouter ici:

 

Pour écouter l’album:

 

Et pour aller plus loin, l’album remixé par la génial Four Tet:


 

Blink 182 – Enema Of The States

Cher Lundispensable, je t’ouvre aujourd’hui mon cœur d’éternel adolescent, 20 ans après la sortie d’un album pour moi complètement révolutionnaire.

Pour se mettre dans l’ambiance, j’enfile mon plus beau baggy-bermuda, remonte mes chaussettes aussi haut qu’il soit possible de le faire, agrémente ma tignasse de spikes au vivel dop, je me parre de mon plus beau tshirt du Goéland par dessus mon sweat à manches longues et c’est partit… je lance Dumpweed, premier titre ce chef d’œuvre de Blink 182 : Enema Of The States :

https://youtu.be/SPxG8iEdUL8

Un peu d’histoire :
Retour en 1992, à la Poway High School, école secondaire du sud de la Californie dont Tom Delonge vient de se faire renvoyer pour avoir été surpris ivre lors d’une partie de basket-ball. Ce dernier commence alors à se passionner pour le skateboard et le punk rock après avoir découvert The Decendants. Tom fait alors la rencontre d’Anne Hopus, petite amie d’un de ses proches qui lui présente son frangin, Mark Hoppus, avec lequel ils ont l’idée de monter leur premier groupe. Rapidement naît le titre Caroussel et la mayonnaise a l’air de prendre. Le duo (Tom Delonge à la Guitare / Mark Hopus à la basse) fait alors appel à leur pote Scott Raynor âgé de 14 ans pour assurer la batterie.

Le groupe, maintenant au complet, va tout d’abord s’appeler Duck Tape et prendre un canard pour mascotte, puis Blink, et c’est cette fois un lapin qui leur sert d’étendard.

De 93 à 94, le groupe compose 3 démos, des enregistrements au son plutôt médiocre réalisés avec les moyens du bord et sort son premier véritable album « Cheshire Cat » en 1995.

Le groupe commence tout juste à se faire un petit nom dans le microcosme en plein essor du punk rock californien quand un groupe pop irlandais également appelé Blink porte plainte pour plagiat. Tom, Mark et Scott sont alors contraints d’ajouter la particule « 182 » qui d’après les rumeurs désigne le nombre de fois qu’Al Pacino prononce le mot « Fuck » dans Scarface.

1997, Blink-182 sort son deuxième album Dude Ranch sur le label MCA / Geffen Records. C’est le début des premiers hits commerciaux avec les singles Josie et Dammit. Première grosse tournée américaine et dernier ajustement historique pour en arriver au Lundispensable qui nous intéresse aujourd’hui : 1998, Scott quitte le groupe pour des problèmes d’alcoolisme et se fait remplacer sur une tournée US par un certain batteur alors membre du groupe Aquabats, il sagit de Travis Barker… et là mes petits amis… pffff, j’vous jure, ça fait des chocapics !

Nous sommes maintenant en 1999, et moins d’un an après l’arrivée dans le groupe de Travis Barker, le trio sort donc ce cultissime « Enema Of The State »… j’ai pas les mots.

L’album est produit par Jerry Finn (que je remercie d’être responsable de l’explosion de groupes tels que Rancid, Green Day, Sum 41, The Offspring, Bad Religion).

Alors je sais pas vous, parce que je vous connais pas, mais moi à ce moment-là j’ai 14 ans et j’ai un paquet de circonstances atténuantes pour plonger les deux pieds en avant dans cet album :

1 – Dans ma chambre d’ado mon radio cassette ne capte qu’une seule radio : Forum 92 FM. Par conséquent et faute de mieux je suis assez mollement fan de Natalie Imbruglia, Des’ree, Téléphone… et pour le côté subversif, j’écoute Manau en cachette.

2 – 14 ans, c’est l’âge de toutes les premières tentatives de transgressions, des premières chouilles, des premiers rateaux sur Caramail…

3 – Enfin, 14 ans dans mes souvenirs, c’est surtout l’âge où pénètre dans mon inconscient ainsi que celui de mes potes la culture américaine dans tout ce qu’elle de plus intellectuelle : Jackass / Rotten / American Pie et autres teen movies qui ont particulièrement mal vieillis 20 ans plus tard.

> Avec le recul, j’me dit que ça craint un peu tout ça… mais en même temps, j’me dis que c’était quand même plus facile d’avoir 14 ans en 1999 !

Et si c’était aussi facile, c’est que des OVNI comme MUSE, SOAD, KORN, PLACEBO ou TOUS LES GROUPES DE LA TEAM NOWHERE vont leur apparition dans ta vie, en poster sur les murs de ta chambre, dans ton premier discman, sur les tshirts de groupes presque tatoués sur ton coeur tellement tu les aime… mais bref, revenons à nos Lapins Californiens.

Doooonc, disais-je, à peine un an après l’arrivée de Travis Barker dans le groupe, les hyperproductifs Blink-182 sortent Enema Of The States, un album qui ne laisse aucun riff, aucun kick, aucun bend, aucune cloche de ride, aucune tierce de voix au hasard… Ultra produit certes, mais rudement bien composé pour un opus (je parle de l’album là et pas du Bassiste) fait dans l’urgence.

Un album qui donne ses lettres de noblesse au pop punk, comparable à une lame de fond qui ravage tout sur son passage.

L’exigence de Jerry Finn permet à Blink d’obtenir la quintessence du son punk rock tout en le mariant parfaitement à un son plus pop :

Un disque très pur et soigné qui vaut à Enema Of The States d’être un énorme carton commercial auprès d’une génération de kids complètement poreuse à tout : 5 millions de copies écoulées au USA, 300 000 en France.

Aux paroles délibérément débiles et stupides, les titres de l’album traitent des thématiques d’ados, de l’amour en passant par les relations compliquées avec les filles comme dans le premier titre Dumpweed ou Don’t Leave Me.

Nottons que si le manque de maturité des textes est souvent pointé du doigt par les critiques, le 7ème titre les fait mentir en abordant le délicat sujet du suicide , Adam Song :

Un titre qui révèle particulièrement le génie créatif de Travis Barker qui à mon humble avis est l’un des batteurs les plus inovants de la scène punk rock en arrivant à faire des cymbales de véritables mélodies au même titres que les riffs de guitare.

Enema Of The States, c’est enfin et surtout LE TUBE !!!!

All The Small Things est une ode pop punk de Tom Delonge aux Ramones, l’un de ses groupes préférés, et à sa petite amie : les paroles racontent la fois où il est rentré chez lui et a trouvé des roses en haut des escaliers. Trop mimi !

Enema Of The States, album trop commercial? Blink 182, vendus devenus mainstream, punk rock non politisé? Ouais… peut être ouais, on est pas sérieux quand on a 17 ans… alors je leur pardonne :

1 – Cet album aura propulsé le punk rock et contribué à le faire connaitre à un plus large public

2 – Cet album, au delà des tubes, c’est aussi des images et des souvenirs de clips débilos mattés en boucle

3 – Cet album révèle l’incroyable talent de Travis Barker qui révolutionne les riffs et inspiré toute une génération des batteurs qui tentent de l’imiter

4 – Cet album révèle l’obsession de Tom Delonge pour les Aliens :

5 – Avec Going Away From College, cet album aura motivé toute une génération de kids à se sécher les cours et aura initié ou contribué à l’essor d’un style vestimentaire loin d’être le plus ridicule de l’histoire du rock !

6 – Enema Of The States, c’est aussi une pochette, certes super beauf, avec la pornstar « Janine Lindermulder » en infirmière au gant en latex, mais qui marquera l’histoire.

7 – Enema Of The States, c’est aussi un live « The Tom Mark Travis Show » sortit l’année suivante.

8 – Enema Of The State enfin, à l’instar du Dookie de Green Day, est aussi l’album qui aura influencé tout un tas de groupes, émo, hardcore, pop, crossover, pop punk dans son sillage  travers la planête. On pense notamment à : Sum 41, Good Charlotte, Fall Out Boy ou même mon amoureuse de l’époque : Avril Lavigne.

Enema Of The States est clairement ma fontaine de jouvance, l’album qui à travers l’adage du groupe « Never Growing Up » ne me donnera pleinement satisfaction à vivre une vie d’adulte.

Nul doute que cet album aura compté plus que de raison dans mon évolution, et que le biberonnage à Blink 182 aura certainement contribué à couler la dalle du punk rock qui coule aujourd’hui aussi activement dans mes veines.

J’aurais tellement plus à raconter sur Blink 182 cher Lundispensable, mais on se revoit bientôt pour que j’vous raconte tout l’amour que je porte à « Take Off Your Pants and Jacket », l’album des californiens sorti en 2001.

On se quitte sur le titre pour moi le plus fabuleux d’Enema Of The States tant j’aurais passé une partie de mon adolescence à tenter en vain de le copier l’intro à la batterie, un titre aussi présent dans la BO d’American Pie. Il s’agit de MUTT, et merci 1999, t’était une quand j’y repense une bien belle année :

Orelsan – Le Chant des sirènes

C’est avec un peu de retard que j’ai découvert Aurélien Cotentin, ce rappeur Caenais plus connu sous le nom d’Orelsan. Bien qu’il soit sorti en 2011, son 2ème album « Le Chant des sirènes » est arrivé dans mes oreilles seulement pendant mes années lycée, 4 ans plus tard. Mais où est-ce que j’étais en 2011 pour ne pas en avoir entendu parler ? Pareil pour son premier album « Perdu d’avance » qui m’étais inconnu ! Trop jeune peut-être pour écouter des sons comme « Sale Pute » ou encore « Saint-Valentin » … qui ont pourtant fait parler d’eux.

C’est le titre « La terre est ronde » qui m’a initié à l’univers d’Orelsan, et c’était quand même un peu plus approprié pour une jeune fille mineure. C’est LE tube de l’album qui a continué à faire connaître le rappeur mais sous un meilleur angle, avec un refrain qui reste en tête et qui est chanté en chœur lors des concerts.

Après l’obtention du bac, mon amie Claire, qui avait l’album, allais partir pour 1 an en Nouvelle-Zélande, j’en ai donc profité pour lui demander en guise de souvenir d’elle de me le « prêter ». Album qu’elle ne reverra jamais puisqu’à son retour j’ai malheureusement « oublié » de lui rappeler que je l’avais.

« – Claire si tu le cherche il est toujours chez moi ! »

Cet album est un point de rupture car Orelsan ose mélanger pour la première fois réalité et fiction. Avec par exemple le morceau « La petite marchande de porte-clés » où il parle d’une jeune asiatique qui mène une vie difficile à cause, en partie, de la loi de l’enfant unique en Chine. Ou même avec « Double vie » et « Finir mal », deux morceaux qui se suivent et qui racontent l’histoire d’un mec qui trompe sa copine puis qui se fait larguer et en subit les conséquences.

Ce que j’adore dans cet album c’est aussi les nombreuses références qu’il fait, que ça soit culturelles ou à d’autres de ses morceaux, comme au début de « Plus rien ne m’étonne ». Il fait alors référence à son titre « Changement » sorti 2 ans plus tôt qui commençait par « Plus j’avance, plus j’grandis, plus j’comprends rien… » et propose avec ce morceau une suite où il critique sa propre génération.

En mai 2011 il annonce la sortie de cet album avec le titre Raelsan, il faudra attendre 4 mois pour pouvoir écouter « Le Chant des sirènes ». Raelsan c’est un peu l’alter ego d’Orelsan mais masqué, c’est avec ce titre qu’il a décidé de commencer l’album. Excellente intro pour nous emmener dans son univers !

Sur cet album Orelsan ne pèse pas ses mots. Dans « Suicide social » il balance une série de clichés en stigmatisant la quasi-totalité de la population. Il n’épargne personne et dénonce aussi toutes les injustices, les discriminations, les problèmes de société du monde capitaliste dans lequel on vit… un morceau qui aurait pu être biiien plus long que 5 minutes 41 tant il y a à dire. Ce titre commence calmement avec une musique douce et devient de plus en plus puissant pour finir avec un Orelsan qui parle fort, s’énerve et crie à en perdre sa voix, avec un coup de feu comme note finale.
« Suicide Social » est à prendre au second voire troisième degré, car Orelsan se moque de cette tendance à stéréotyper les gens et il affirme que c’est à prendre comme exemple de ce qu’il ne faut pas faire.

Orelsan a attendu 2017 pour sortir un 3ème album après celui-ci, autant dire qu’en 6 ans j’ai eu le temps d’écouter et de réécouter « Le Chant des sirènes », et c’est surement grâce à ça que je le classe dans mes indispensables. Entre temps, on l’a découvert sur de nombreux projets très variés, notamment avec l’album des « Casseurs Flowters », son duo avec Guillaume Tranchant – alias Gringe. Il est d’ailleurs présent sur l’album en featuring dans « Ils sont cools », seul featuring de l’album.
C’est un duo qu’on retrouvera dans le film « Demain c’est loin » co-produit par Orelsan, puis dans la série « Bloqués » diffusée sur Canal +. Orelsan s’est aussi essayé au doublage avec l’animé « One Punch Man », il explore un peu tous les formats.

« Le Chant des sirènes » est pour moi un chef d’œuvre, et on retrouve surtout sur cet album une de mes chansons préférées EVER, que je connais par cœur, c’est « Si Seul ». Je vous laisse avec ce morceau dont je ne pourrai pas me lasser, même dans plusieurs années c’est sûr <3

Travis Scott – Astroworld

Aujourd’hui je vais vous présenter l’indispensable de ma bibliothèque musicale. Pour cela on prend l’avion et on décolle direction Houston. « Je ramènerai Astroworld » c’était les mots de Travis Scott à son public lors d’un concert à Houston il y a maintenant 2 ans. Il nous faisait ainsi savoir son désir de faire renaître le parc d’attraction de son enfance, fermé en 2005, à travers un tout nouvel album.

En effet, l’album que je vais vous présenter a pour thème cette ville Houston et son parc d’attraction. Cet album parle de sa ville natale, de la nostalgie de l’enfance et bien sûr des thèmes récurrents de la trap. On retrouve aussi pas mal d’influences rock et r’n’b. Le plus choquant sur cet album selon moi sont les productions traps mais pas que, tout ceci te met dans l’ambiance direct. Il a vraiment réussi à créer une œuvre à part entière. On distingue très vite Travis Scott des autres rappeurs américains. De plus, sa pochette d’album est juste folle.

L’introduction de l’album est Stargazing est on en prend direct pleins la tête.

Le 29 juillet 2018, il annonce la sortie d‘ Astroworld sur les réseaux sociaux pour le 03 août 2018. La toile s’enflamme et c’est le 3 août que l’album sort. Tout le monde est choqué : 550 000 exemplaires vendus en 1 semaine. Travis a réussi son pari. Sur l’album on compte les apparitions de Drake, The Weeknd, Kid Cudi, Stevie Wonder, Tame Impala… J’ai découvert cet album car je connaissais l’artiste. L’ambiance que suscitait l’album avant sa sortie m’a vraiment conforté à l’écouter.

L’album est très éclectique on peut passer d’un son trap à un morceau beaucoup plus doux comme Rip Screw ou Wake upLe tube de l’album reste Butterfly effect  qu’il avait sorti en 2017.

Le niveau moyen des lyrics est quelque chose que l’on peut, selon moi, difficilement reprocher à Travis Scott étant donné qu’il compense cela par des flows toujours très intéressants et une maîtrise tout simplement parfaite de cet instrument qu’est l’autotune, ce qu’il a une fois de plus prouvé avec cet album à l’image de bijoux comme Astrothunder ou Skeletons. 

Voilà c’est mon album coup de cœur de l’année 2018. On se quitte sur le morceau Yosemite.