“Et puis merde, pourquoi attendre. Le monde est infesté de conneries alors voici quelque chose à écouter pendant qu’on règle la question. On espère que ça vous apportera de la joie. Prenez soin de vous, gardez espoir et merci de donner la chance à deux amis d’être entendus et de faire ce qu’ils aiment.”
C’est sur cette note que vous serez accueillis en découvrant le site de Run The Jewels. La Gueule de bois politique continue pour le duo Killer Mike/EL-P, aussi électrique qu’engagé, qui nous livre RTJ4, leur quatrième album depuis 2013, le second depuis l’ère Trump. Les deux vétérans, super-héros du rap, sortent une fois de plus un brulot : des textes évocateurs, véritable pamphlet auditif, autour du racisme, de l’éducation, de système judiciaire, des brutalités policières, des inégalités socio-économiques, des médias et de la violence. Une ambiance résumée par le brillant MC d’Atlanta Killer Mike dans le titre Walking in the Snow:
« They promise education, but really they give you tests and scores
And they predictin’ prison population by who scoring the lowest
And usually the lowest scores the poorest and they look like me
And every day on evening news they feed you fear for free
And you so numb you watch the cops choke out a man like me
And ’til my voice goes from a shriek to whisper, “I can’t breathe
And you sit there in the house on couch and watch it on TV
The most you give’s a Twitter rant and call it a tragedy”
‘Ils promettent l’éducation mais ne donnent que des tests et des scores Ils prédisent la population carcérale avec les scores le plus bas
Généralement ce sont ceux des plus pauvres qui me ressemblent
Chaque jour, les nouvelles du soir vous abreuvent de peur gratuitement
Comme engourdi, tu regardes les flics étouffer un homme comme moi
Jusqu’à ce que ma voix passe d’un cri à un murmure : ‘I can’t breathe’
Et tu es assis là, à la maison, sur ton canapé, à regarder ça à la télévision
Et le mieux que tu puisses faire est une diatribe sur Twitter, qualifiant cela de tragédie’.
Killer Mike monte encore d’un niveau aussi bien dans son flow que dans son engagement politique, fervent partisan de Bernie Sanders ou encore à travers sa série drôle et provocatrice Trigger Warning with Killer Mike ou le rappeur et activiste entend transformer la société en allant au bout de ses idées révolutionnaires.
Le duo avait annoncé que RTJ4 serait leur meilleur album. Un effet d’annonce que l’expérience nous aura appris à nous méfier. Cet album est une pure perle. Les deux MC sont plus incisifs et sarcastiques que jamais, les prods de EL-P sont lourdes, percutantes, sublimées par le travail dans le studio de Rick Rubin. L’esprit d’un hip hop conscient plus que vaillant, aux sonorités très 90’s, qui auront marqué les deux êtres dans leur construction artistique. En témoigne ce sample extrait de « DWYCK », le morceau des mythiques Gang Starr, pour leur titre « Ooh LA LA ». Rien de plus alors pour la paire que d’inviter DJ Premier et Greg Nice sur ce futur classique, qui incite le peuple à la rébellion pour mettre fin aux institutions du pouvoir et de l’argent roi.
Ils sacralisent l’âge d’or du Hip Hop, mais l’équilibre avec des sonorités plus modernes est toujours savamment dosé, avec des influences plus larges pouvant toucher au punk, rock, trap ou encore electro en compagnie d’invités prestigieux qui se succèdent : 2Chainz, Pharrell Williams, Josh Homme et Mavis Staples, la participation de Zach De La Rocha.
Run The Jewels ne nous aura pas menti : cet album est une réussite, et très certainement le meilleur de leur carrière à présent. Et plus encore, cet album est la B.O parfaite pour changer le monde actuel.
Album disponible gratuitement sur runthejewels.com, avec une possibilité de donation dont les bénéfices seront versés au MDC (Mass Defense Committee) qui est un réseau d’avocats, de juristes et d’étudiants en droit fournissant un soutien juridique aux militants politiques, aux manifestants et aux mouvements pour le changement social.
Version Vinyle: Sept 2020
Run The Jewels RTJ4
04.06.20
Label: Jewel Runners
TRACKLISTING :
01. Yankee And The Brave
02. Ooh La La (feat. Greg Nice & DJ Premier)
03. Out of Sigt (feat. 2 Chainz)
04. Holy Kalamafuck
05. Goonies Vs E.T.
06. Walking In The Snow
07. Just (feat. Pharrell Williams Zach de la Rocha)
08. Never Look Back
09. The Ground Below
10. Pulling The Pin (feat. Mavis Staples & Josh Homme)
11. A Few Words For The Firing Squad (Radiation)
bien qu’il ait baigné dans la musique toute sa vie, Frank Bey a dû attendre d’être sexagénaire pour atteindre une certaine reconnaissance au niveau du public blues et soul… Originaire de Géorgie, il se produit dès son enfance sur le circuit gospel local au sein de groupes familiaux, avant de s’installer à la fin de son adolescence à Philadelphie où il travaille en tant que chanteur pour le très influent Gene Lawson, mais doit attendre le milieu des années 1970 pour faire ses débuts discographiques au sein du groupe The Moorish Vanguard Concert.
Initialement paru sur le micro label local Country Eastern, The sunset of your love est repris par Polydor, qui abrège le nom du groupe en Moorish Vanguard, rebaptise la chanson Sitting in the sunshine of your love et attribue à James Brown la production du disque ! L’imbroglio aboutit à la séparation du groupe et Bey quitte la musique pendant plusieurs années jusqu’au milieu des années 1990. Paru en 1998, son premier album, “Steppin’ Out” passe à peu près inaperçu, de même que son successeur, sorti en 2007, “Blues in the Pocket”.
Il faut attendre le début des années 2010 et son association avec le guitariste Anthony Paule – un ancien de l’orchestre de Johnny Nocturne, figure de la scène de la baie de San Francisco – pour que son talent explose réellement, grâce à l’album live “You Don’t Know Nothing” puis au disque studio “Soul For Your Blues”. Sa venue en 2014, à l’initiative de Graziano Uliani, au festival de Porretta, avec le groupe de Paule, lui permet de se faire remarquer du public européen – il deviendra un habitué de l’événement les années suivantes.
Malgré des problèmes de santé récurrents, il poursuit sa carrière avec Anthony Paule (“Not Goin’ Away”, crédité au Bey Paule Band), puis, après quelques années de silence discographique, sous la houlette de Tom Hambridge, producteur habituel de Buddy Guy, pour l’album “Back In Business”, et du duo Kid Andersen-Rick Estrin pour “All My Dues Are Paid”, paru il y a quelques mois. Ce dernier disque vient clore une discographie courte mais exemplaire – aucun de ses albums parus depuis 2013 n’a reçu une note inférieure à 4 étoiles dans nos colonnes ! Interviewé dans le numéro 220 de Soul Bag, Frank Bey ne semble pas s’être produit en France.
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